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Interview de Leprous

Leprous

Nous sommes le 05/11/13, un événement particulier ce jour-là au Ninkasi Kao, à Lyon : LEPROUS en concert, dans leur tournée du nouvel album "Coal" avec BLINDEAD et des groupes supports locaux. Je me présente 3h avant le concert pour rencontrer les lépreux, j'avais hâte ! Avant l'interview, j'ai quand même pris le soin de vérifier que la lèpre n'est pas trop contagieuse, ne sait-on jamais (oui j'ai pris un risque) ! J’ai été accueillie par Lars (non ce n'est pas Ulrich), le team manager des lépreux, au tatouage de la Juventus de Turin, qui m'a accueillie avec sa bonne humeur contagieuse. On monte à la loge ou les blonds/roux sont tous devant leurs ordi et Lars me dit "you can choose which one you want to victimize", et je réponds "I want them all..." (version soft). Et le choix s'est fait : une interview avec Tor Oddmund et Øystein Landsverk (oh yeah), Lars me dit: 30 minutes ! (ouais on verra)


Bon les gars je vous préviens : je n'accepte pas les réponses courtes !
Ok ne t'inquiètes pas, on nous reproche souvent d’êtres des pies.

Ok super, ça me fera plaisir. Bon je commence par la question la plus importante pour moi personnellement : pourquoi "Leprous" ? Avec tout le respect que je porte aux lépreux, je hais cette maladie !
Tor : Bon l'histoire de ce choix n'est pas très intéressante mais peut-être drôle. On a formé le groupe en 2001, quand j'avais 15 ans. C’était mes débuts à la guitare et on devait choisir un nom. On n’avait aucune idée, mais comme on fait du metal il fallait trouver un nom cool mais sombre sans un vrai sens car on ne se prenait pas au sérieux. On a pris le dictionnaire, "a,b,c...l" et on s'est dit : "Ah Leprous c'est cool ! Surtout que les autres groupes de progressif ont des noms un peu spatiaux, théâtraux, tirés de la science-fiction (ETERNITY, INFINITY, INSANITY, THEATRE OF TRAGEDY...) et on ne voulait pas avoir des noms stéréotypés comme ça, d’où ce choix !

Ah bon, parce que vous trouvez que la lèpre c'est cool (perso, je pense que ces Norvégiens veulent juste honorer le découvreur de la lèpre qui était comme par hasard norvégien) ?
Tor : Oui, surtout qu'on venait de commencer à jouer. On trouvait qu'on faisait de la merde, donc ça collait bien avec nos débuts. A un moment, on voulait le changer mais comme on s’était habitué, c’était difficile de s’en séparer.

Quelles étaient vos influences métal dans vos débuts de LEPROUS ? Qu’est-ce que vous écoutez et quels sont vos groupes favoris ?
Tor : Mon groupe préféré c’était JUDAS PRIEST, dans notre premier concert on a joué une cover de "Breaking the Law", on écoutait pas mal PAIN OF SALVATION, OPETH...
Øystein : Moi j’écoute IRON MAIDEN !
Tor : Je pense que soit vous aimez JUDAS PRIEST soit IRON MAIDEN (rire). Dans les influences aussi, il y a KING CRIMSON qu’on écoute beaucoup. On n’a pas essayé de copier sur eux, juste quelques inspirations du clavier. Vous finissez forcément par vous inspirer des groupes que vous écoutez le plus.

Pourquoi avoir choisi le metal progressif ?
Tor : Ça n’a jamais été un choix intentionnel. On n’a pas commencé notre groupe dans la voie du prog, comme j’ai dit on a joué "Breaking the law"...
Øystein : Je pense que c’est un choix naturel du fait qu’on n’aime pas se cramponner à un style spécifique axé que sur du growl ou des sons lourds. On voulait avoir plus de liberté, varier notre musique à notre guise, mais avant tout s’amuser en faisant de la musique !
Tor : Quand vous écoutez les albums de LEPROUS, vous sentez que la majorité des morceaux sont progressifs. Quand on commence à composer, on se retrouve avec une tendance progressive à la fin : c’est peut-être dû à nos influences DREAM THEATER que tous les anciens membres du groupe écoutaient. On a vraiment commencé à jouer du prog quand on a changé de bassiste. On essaie de ne pas être similaire à d’autres groupes de metal prog, en ayant notre propre style.
Øystein : Je pense que tous les groupes pensent être originaux. (rire)



Pouvez-vous nous parler de votre nouvel album Coal qui signifie "charbon" ou l’on voit aussi des diamants sur votre artwork?
Tor : L’album en lui-même n’est pas un album concept, on a simplement choisi le titre du morceau "Coal" comme le nom de l’album. Mais cela a un sens plus profond : en fait, le charbon et le diamant sont constitués des mêmes atomes, le carbone. C’est juste l’arrangement atomique de la matière qui fait qu’on aboutit à ces deux formes là : soit le diamant, quelque chose de précieux, soit du charbon, plus banal (les cendres). Si vous naissez dans une famille riche et que vous disposez de tous les moyens pour réussir votre vie, soit vous savez les utiliser et vous finissez dans la voie du "diamant" soit vous l’utilisez mal et vous finissez dans l’obscurité : la voie du charbon ! Dans la même idée, quand nous produisons un album, on a énormément d’idées, aussi sur la façon dont elles sont utilisées, et cela nous mène soit à de la merde, soit à quelque chose de super !

Et concernant votre artwork qui est intrigant et marquant, que pouvez-vous nous dire?
Tor : C’est un squelette de diamants, entouré de diamants, style pirate. Je suis très satisfait de notre peintre qui a créé cet artwork : on lui a donné quelques idées et il a abouti à ça. On a adoré le résultat ! On voulait justement quelque chose de captivant que vous pouvez reconnaitre facilement et associer à LEPROUS.

Et c’est toi Tor qui écrit toutes les paroles ?
Tor : Oui j’écris la plupart des paroles. Dans Bilateral, c’est moi qui les ai écrites et pour ce qui est de Tall Poppy Syndrom, je venais de commencer à écrire avec le bassiste (du 50-50). Un des morceaux de Coal a été fait entièrement par Einar notre vocaliste, mais généralement on fait un brainstorming tous ensemble concernant les paroles...

J’avoue que je n’ai pas compris le sens caché de votre clip vidéo "The Cloak" : vous êtes dans un tunnel pendant tout le morceau et il ne se passe pas grand chose!
Tor : C’était sur un chemin de fer, une place abandonnée, underground, très froide, sombre, qui collait bien avec le thème de l’album. On voulait un tunnel sur un chemin de fer et on a cherché une mine ou un endroit abandonné pour coller un minimum au thème. On avait très froid et il faisait très humide : assez désagréable comme endroit. On a vraiment galéré pour tourner ce clip. La veille, après un concert, on voulait rentrer chez nous pour dormir avant le tournage, et on a eu un problème avec la voiture. A cause de ça, on s’est retrouvé coincé sur l’autoroute toute la nuit. Le lendemain, on a eu toutes les peines du monde à trouver de quoi nous amener jusqu’au lieu du tournage.

Vous n’avez que deux clips vidéos : "Restless", assez spécial d’ailleurs et "The Cloak", pourquoi vous n’en faites pas plus?
C’est beaucoup de travail. On préfère se concentrer sur la musique, d’autant plus que nos morceaux sont longs et c’est difficile de tenir un clip aussi longtemps. Concernant "The Cloak", c’est vrai que c’est un morceau comme un autre de nos albums, bien qu’il n’ait rien à voir avec le thème "Coal". Mais le coté mélancolique et froid du morceau, qui en plus est assez court, collait parfaitement avec l’endroit et on voulait le mettre en valeur, d’où le choix de ce morceau spécialement pour le clip.

Etes-vous musiciens à temps plein?
Øystein : On aurait aimé, mais ça ne suffit pas pour gagner notre vie. Surtout qu’au début de notre carrière, quand on n’était qu’un simple groupe guest dans les tournées de THERION en 2010 et AMORPHIS en 2012, on devait débourser beaucoup car les groupes supports ne gagnent rien et en plus on doit payer le groupe principal, la location du bus tour tout ça sans faire de merch. Donc c’était difficile financièrement. D’autant plus qu’on paye pas mal la production de nos albums, la pub...
Tor: Moi je travaille dans la réhabilitation et Øystein est étudiant en informatique. Quant à notre batteur, il n’est pas avec nous ce soir car il est en tournée avec un autre groupe. Il est batteur à plein temps et collabore avec pleins d’autres groupes. Je pense que si vous êtes un bon batteur, vous êtes beaucoup sollicité. Notre nouveau bassiste est étudiant en musique et Einar travaille aussi. On n’a pas encore commencé à s’enrichir avec LEPROUS mais on passe un peu en positif avec notre tournée. On peut faire du merch et en plus les groupes supports nous payent ! On va enfin pouvoir se poser financièrement et se consacrer davantage à la musique.



Que pensez-vous avoir apporté de spécial dans Coal par rapport aux autres albums?
Tor : Dans les autres albums comme Bilateral, on avait beaucoup d’idées, on voulait essayer pleins de trucs et au final on se retrouvait avec de longs morceaux complexes qui ne suivent pas forcément une logique. Pour ce qui est de Coal, on s’est lancé un challenge : on voulait se poser plus, avec quelques idées simples mises en valeur au lieu de tout mélanger. Par exemple "Foe" l’intro de l’album, c’est un même rythme où l’on a juste changé les gammes. On voulait donner à chaque morceau une identité, les rendre plus facilement distinguables. On ne manquait pas d’idées, on voulait faire quelque chose de simple mais bien. Ça rejoint l’état d’esprit de la métaphore diamant-charbon : quand on commence un album, on peut le finir plus charbon que diamant ou l’inverse, tout dépend de comment on s’y prend.
Øystein: C’est comme une pizza, vous avez la pizza Margarita, simple, juste de la tomate et du fromage, et les pizzas super compliquées avec plein de trucs dessus. Mais les Margaritas restent les meilleures si vous vous concentrez sur le fromage et la sauce, vous misez tout sur ces deux ingrédients, et vous finissez avec une excellente pizza.

J’aime bien cette comparaison, surtout qu’en plus en France il y a de quoi faire 500 sortes de pizzas Margaritas juste en faisant varier les fromages et sans compter les combinaisons des fromages... J’ai vu que vous aviez 44 dates de tournées, où est-ce que vous avez été le mieux accueillis, où vous aviez le plus de fans ?
Le plus grand public était en Finlande, au festival de Tuska. Sinon dans notre tournée, je pense que c’est en France qu’on a le plus de succès, surtout à Paris.

Exercice difficile : est-ce que vous pouvez me résumer l’idée générale de chaque album, vos inspirations... ?
Tor: Notre première démo Silent Water, c’était pour nous dire "Oh ! On peut enregistrer des morceaux !".

Le 2ème ou premier album : Aeolia en 2006, était le premier véritable album. Il était aussi sensé être une démo, car pour sortir un album, il faut envoyer une démo aux labels et s’ils sont intéressés, ils veulent être assurés que vous pouvez le produire et l’enregistrer. Mais ça restait une démo, on ne s’était pas trop investis dedans, on savait qu’il pouvait sonner mieux. On avait déjà préparé notre 2ème album : Tall Poppy Syndrom et on ne voulait pas perdre plus de temps dans Aeolia. Donc on s’est concentré sur l’enregistrement de Tall Poppy Syndrom : le thème de cet album est plus social, propre à la culture scandinave. Sous 10 sortes de commandements de modestie : "vous n’êtes pas mieux que les autres", "pour qui tu te prends"...
L’histoire vient d’un roi orgueilleux et mégalomane qui est allé dans un champ de coquelicots et a décapité toutes les fleurs qui dépassaient des autres pour montrer à ses généraux que personne ne peut être au-dessus de lui.

Dans Bilateral, c’est un peu dans le même état d’esprit que TPS. Ce sont deux parties d'un même conflit, et aucune des deux parties n’est d’accord avec l’autre. La meilleure façon d’éviter les conflits c’est d’être bilatéral, où vous pouvez voir d’un œil extérieur à quel point leur situation est ridicule. C’est aussi l’esprit des pays scandinaves pacifistes, qui n'entrent jamais en conflit avec d'autres pays.

Comment avez-vous choisis vos groupes supports dans votre tournée ?
On connaissait le guitariste de BLINDEAD : c’était le guitariste tech de THERION. On les a rencontrés au Hellfest et on a sympathisé. On leur avait dit qu’on cherchait des groupes supports pour notre tournée, et ils étaient intéressés.
Et pour les groupes locaux, on en a dans chaque ville et c’est notre manager qui s’en occupe.

Vous avez joué au Wacken et Hellfest 2013, lequel avez-vous préféré ?
Hellfest cette année, car à Wacken il faisait super chaud, et on devait préparer la scène pendant que l’autre scène jouait, c’était très désagréable ! Au Hellfest, j’étais étonné qu’à 10h du matin, il y ait autant de métalleux réveillés : une grosse foule dès l’ouverture des portes, et l’ambiance était superbe. Bon, faudra attendre un an pour repostuler dans un grand festival comme ça !

Vos futurs projets ?
Après notre tournée, on se repose un peu. On verra en fonction de notre inspiration pour sortir un album peut être en 2015. Mais on ne refera pas une tournée avant d’en avoir sorti un.

Je vous laisse le mot de la fin (ou la phrase).
Tor : J’espère que le public français continuera à nous donner l’impression que c’est le meilleurs pays pour notre tournée. Einar et moi apprenons le français : "dans deux ans je parlerai très bien français". J’ai lu Le symbole Perdu de Dan Brown en français et j’ai acheté Inferno au Hellfest. Donc si vous voulez être bien accueillis en France, le prochain sera en français comme Les Fleurs du Mal de Therion, sinon on boycotte vos concerts. Ok, dernier message pour les fans français, venez nous voir pour qu’on continue à apprendre le français.

Je vous remercie d'avoir accepté cette interview et de m'avoir consacré une heure, c'était un plaisir. Je vous revois sur scène !


Les lépreux sont contagieux par leur bonne humeur, surtout quand on passe une heure avec eux !

Bloodybarbie
13.11.2013

Groupe : Leprous