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Interview de Dark Tranquillity

Dark Tranquillity

C’est le 14/11/13 et il est 18h, deux heures avant le lancement du concert tant attendu ! Dans ce noir obscur de la tombée de la nuit, dans le calme que m’offrit le bus tour où la Dark Tranquillity absolue règne, que j’ai eu l’honneur de vivre cette tranquillité pendant une heure à travers ce dialogue plus qu’intéressant avec Mikael Stanne, fondateur et chanteur du groupe "DARK TRANQUILLITY".


Salut Mika, vous êtes arrivés ce matin après votre show au Tranbendo à Paris, comment ça s’est passé ?
C’est une superbe salle dans un parc très beau et plaisant, on a bien fait la fête et on a beaucoup bu, avant pendant et après le concert, on a passé une superbe soirée, merci Paris !

Parlons un peu de la star de cette tournée, votre dixième album Construct, que pouvez-vous nous dire sur son originalité par rapport aux précédents ? J’aurais dit que c’est presque une continuité de We Are the Void mais avec quelque chose de plus spécial et nouveau.
En fait on voulait faire quelque chose de complètement différent de We Are the Void mais évidemment vous pouvez y trouver quelques ressemblances entre les deux. Il était vraiment difficile pour nous d’enregistrer cet album, et cette période très frustrante nous semblait durer une éternité et on a cru qu’on allait se désintégrer avant de le finir !

Les titres était vus et revus plusieurs fois, on avait du mal à être d’accord car parfois ça plaisait à certains et pas à d’autres et on y a bossé dur pour satisfaire tout le monde. C’est horrible de se sentir comme de la merde pendant des mois, c’était un vrai combat pour nous, on luttait contre la fatigue et le surmenage continue jusqu’à ce qu’on ait trouvé notre inspiration.

Puis on s’est trouvé une méthode de travail, procéder étape par étape et travailler par binômes ou trinômes. On a décidé de commencer par des bases simples qu’on améliorait en rajoutant divers éléments jusqu’à obtenir la sauce qui plaît à tous. Pour chaque morceau on essayait d’établir la mélodie principale puis réfléchir à comment l’explorer d’avantage pour donner à chacun une identité, c’est un exercice très intéressant!

Finalement, après des années d'expérience, nous sentons cette maturité musicale car nous sommes de plus en plus objectifs et critiques concernant nos compositions. Nous prenons le temps de nous écouter plusieurs fois, car parfois quand on enregistre on croit qu’on fait de super trucs mais en réécoutant on trouve que c’est de la merde qu’on essaie de la sauver.

Construct est une nouvelle vague d’air frais pour nous, un renouveau dont on est super satisfait. On a vraiment senti que nous faisons quelque chose de différent par rapport aux précédents, où l’on a exploré et testé différents éléments avec des aspects plus électroniques et une nouvelle façon d’écrire et de composer. C’est une grande étape pour nous et nous réfléchissons déjà au nouvel album.

Combien de temps cela vous a pris d’enregistrer Construct ?
Environs 6 mois surtout que les 3 premiers mois ont été très intense, se lever tôt le matin et bosser toute la journée au studio 7 jours / 7 pendant la période d’enregistrement. On était enfermé dans un studio qui n’a pas de fenêtres, et il faisait incroyablement froid dehors, ce qui nous frustrait encore plus.

Comment procédez-vous pour composer vos albums ?
Chacun apporte ses idées, on se réunit et on regarde comment on peut combiner le tout. Parfois on commence avec les riffs de base, on a un catalogue de riffs, qui est une bonne méthode de construction, et on fait un patchwork avec des morceaux que chacun apporte, cela prend du temps mais c’est plus efficace. Parfois on bosse séparément, ou chacun enregistre ses idées dans le studio, puis on essaie de tout prendre en compte pour satisfaire tout le monde, un vrai travail d’équipe.

Pourquoi Construct comme titre d’album ?
Construire est quelque chose que l’homme a fait depuis la nuit des temps, que votre imagination créative devient réalité ou quelque chose d’équivalent. Le plus grand exemple est la religion. Dieu est la construction de l’Homme qui a créé ses systèmes de croyance, qui limitent les capacités du cerveau humain. On a dû inventer des histoires et des légendes pour rendre plus accessible ces choses divines, mais on n’en a plus besoin de nos jours. Nous baignons dans les nouvelles technologies et vivons dans un monde moderne et développé où les scientifiques sont capables d’expliquer pleins de choses. C’est une vision sceptique que j’ai sur tout et pas spécialement la religion. J’aime beaucoup la science-fiction mais quand il s’agit de la réalité il faut s’accrocher aux choses plus rationnelles qui sont plus tangibles.

Quand j’ai lu les paroles de "The Science of Noise", je me suis dit : "Mais qu'est-ce qu’ils avaient derrière la tête à l’écriture de ce morceau ?"
Vous savez, on s’accroche beaucoup à des modèles récurrents issus de notre expérience de la vie. Un des dangers du cerveau humain est de se convaincre de quelque chose qui n’est pas vrai mais auquel on croit, comme certaines personnes qui croient qu’elles tombent malade en voyageant... juste parce que cela s’est produit deux trois fois que votre cerveau réussit à faire la connexion entre ces événements et donc vous continuerez à croire que cela vous arrivera à chaque fois que vous voyagez mais ce n’est pas vrai ! Il y a aussi les phénomènes aléatoires qui se répètent ou tout simplement la chance... C’est comme quand vous pensez à un ami et qu’il vous envoie un texto, vous vous dites "Ah il y a une connexion, un phénomène surnaturel", alors que c’est tout simplement une coïncidence. C’est ce genre de choses que j’appelle bruit (noise). Ou quand vous croyez avoir la réponse sur le bout de la langue ou vous croyez savoir quelque chose mais en fait vous n’en saviez rien. Notre cerveau nous joue des tours tout le temps ! Méfiance, il ne faut jamais avoir une confiance aveugle en nous.

A lire les paroles de vos morceaux il apparaît une ambiance voire une philosophie pour chaque album ?
Quand j’écris des morceaux, j’en écris un paquet ensuite je décide qui va dans quel album, je ne considère pas chaque morceau à part mais je les regroupe par cette sorte de connexion qu’il y a entre eux autour d’une idée générale qui les unit sous un titre d’album.

Tu as écris toutes les paroles de Construct ?
Oui c’est principalement moi, Niklas en écrit parfois comme dans cet album, il en a écrit une pour l’édition spéciale.

Vous aviez produit plus de démos et d'EP que d’albums à une époque, pourquoi ne pas avoir produit directement d’albums ?
Ça c’était il y a longtemps dans nos débuts (en 1995), histoire de maintenir les contrats mais avec notre nouveau contrat nous ne faisons que des albums et quelques éditions spéciales ou des collectors selon les différents territoires comme pour le Japon ou les USA.

Et à propos de l’artwork de Construct, personnellement je le trouve trop simple par rapport aux anciens et moins captivant, que s’est-il passé ?
C’était drôle, Niklas fait la majorité des artworks et t-shirts, logos... C’est un excellent graphiste. Pour Construct, il nous a juste dit qu’il ne pouvait pas le faire car il n’avait pas d’inspiration et il était débordé par le boulot, surtout qu’on a passé 6 mois à bosser comme des malades pour sortir cet album et il a fini par nous avouer qu’il ne pouvait vraiment pas s’occuper de la pochette.

A ce moment on n’avait pas encore décidé du nom de l’opus, puis j’ai pensé à "Construct" car je trouvais que ça résume et connecte bien les morceaux entre eux. C’est quelque chose qu’on a construit à partir d’un désordre total. Je lui en ai parlé et l’inspiration semblait lui revenir. Le lendemain je reçois un mail de sa part avec l’artwork en pièce jointe, il m’a écrit : "C’est vrai que j’ai dit que je ne voulais pas faire mais je n’ai pas pu dormir alors voilà je l’ai fait".

Niklas n’arrête pas de produire du graphisme, son crayon ne tombe jamais en panne (rires), il a beaucoup d’imagination et d’idées. Il travaille avec d’autres groupes connus pour qui il a fait des artworks, vous avez dû voir des centaines de ses œuvres défiler comme les pochettes d’IN FLAMES, ARCH ENEMY... Et pendant nos tournées on utilise beaucoup les projections d’images des montages et vidéos que Niklas a faites. Il fait aussi le design des versions vinyl de nos albums...

Est-ce que DARK TRANQUILLITY est votre boulot à temps plein ?
Oui évidemment ! C’est difficile d’avoir un job fixe si on voyage comme on le fait pour nos tournées mais moi je travaille aussi dans une association pour handicapés quand je suis chez moi, c’est bien d’avoir quelque chose de plus normal et de différent à faire pour se changer les idées.

Revenons bien loin dans le passé, comment est né le groupe ?
On a commencé par écouter de la musique, collectionner des albums, aller à des concerts, chanter et jouer entre potes pour s’amuser. J’ai commencé à jouer de la guitare quand j’avais 14 ans.

DARK TRANQUILLITY a été formé par moi et Niklas, puis on s’est dit : "Et si on essayait de former un vrai groupe et jouer pour de vrai ?". Anders Jivarp à la batterie, Martin à la basse et moi à la guitare et au chant et Anders Fridén (d’IN FLAMES) au chant, parce qu’on était une bande de potes obsédés par le metal et qui trainaient tout le temps ensemble. On a donc lancé le groupe et on a adoré ça ! On passait 10 h par jour dans le garage de nos parents à répéter jusqu’à sortir quelques EP et démos, et c’est ainsi que nous avons signé un contrat avec un label finlandais et sorti notre premier album en 1993.

Après cela on a senti qu’on n’était pas à l’aise avec Anders car nos idées concernant la musique divergeaient beaucoup. Nous l’avons donc laissé partir et j’ai arrêté de jouer à la guitare pour me mettre définitivement au chant, puis on s’est trouvé un guitariste.

Dans les débuts d’IN FLAMES, Jesper, le fondateur du groupe, était un peu frustré avec son groupe, il voulait faire de nouvelles choses plus cool. Il était beaucoup inspiré de nos morceaux comme "Skydancer"... Puis il m’a demandé de chanter dans les premiers morceaux alors que je venais de commencer à chanter pour DT. Je lui ai dit : "Non je ne peux pas être membre de deux groupes mais je peux t’aider" et j’ai enregistré avec eux leur première démo. Puis ils ont tout de suite eu un contrat d’enregistrement de leur album Lunar Strain.

Ensuite il m’a redemandé d’enregistrer les vocals pour cet album, je ne voulais pas car je voulais que mon premier album soit de mon groupe et nous étions en train de travailler sur The Gallery. Et il m’a dit : "Allez je te paye des bières"... Finalement je l’ai fait et c’était pour la dernière fois, je les ai aidés du mieux que j’ai pu mais je voulais me concentrer surtout sur DT. Ensuite ils ont eu d’autres vocalistes jusqu’à ce qu’Anders se soit mis définitivement au chant au sein du groupe.

Pourquoi avoir quitté la guitare pour le chant ?
Je me sens juste plus à l’aise au chant qu’à la guitare ! En plus c’était principalement moi qui écrivais les chansons avec Niklas, et ça c’était vraiment ma grande passion, donc j’ai décidé de m’investir à fond dans le chant et l’écriture.

Et d’où vient l’origine du nom du groupe DARK TRANQUILLITY ?
Ça vient d’un de nos premiers morceaux "Void of Tranquillity", qui traite de l’origine de la créativité. Je pense que quand vous commencez quelque chose du néant, tout semble noir et vide au début. Puis vous remplissez ce vide en pensant et en réfléchissant, vous commencez à avoir des idées originales d’autres bizarres. Cette "dark tranquillity" est la sensation la plus confortable que je ressens quand je commence à écrire.

Envisagez-vous de participez au Hellfest (votre dernier était en 2011) ou au Wacken bientôt car cela fait relativement longtemps qu’on ne vous a pas vus ?
On n’a pas encore établi le planning pour 2014 mais on participera certainement à d’autres festivals. J’adore le Hellfest, bien que ses débuts ne fussent pas glorifiants, il s’améliore chaque année, on apprécie beaucoup l’ambiance de ce festival. C’est un sans doute un des meilleurs festivals au monde avec le meilleur line-up à chaque fois, mais c’est dommage qu’on ne soit jamais resté plus qu’un jour. Le problème est qu’il y a trop de groupes qui jouent en même temps, c’est frustrant car j’aimerais voir tout le monde.

Je préfère les festivals locaux. En suède on en a beaucoup durant toute l’année comme le Sweden Rock, un de mes préférés, juste incroyable et j’y vais chaque année. Cet été nous avons joué à Dubai et c’était la veille du Sweeden Rock, donc c’était la course à la montre pour arriver à temps entre avions (jusqu’à Istanbul puis Copenhague), trains, bus... Tous ça pour être à temps pour les débuts du fest, surtout qu’il y avait RUSH en tête d’affiche, l’un de mes groupes préférés et je ne pouvais rater ça pour rien au monde.

Quels sont vos inspirations musicales ?
On était incroyablement influencés et inspirés par les groupes allemands de speed et thrash metal comme KREATOR, HELLOWEEN, BLIND GUARDIAN... Surtout le côté mélodique de leur musique. Le premier EP de KREATOR, c'était la première fois que j’écoutais une telle musique intense, thrash, gueulante bien qu’elle avait un côté mélodique agréable. On était aussi influencé par Tomas Lindberg, un ami à nous, compositeur et chanteur de AT THE GATES, qui chantait aussi pour pleins d’autres groupes comme MORBID ANGEL... Les échanges d’idées avec lui nous ont beaucoup aidés à progresser.

On ne voulait pas écrire des paroles qui traitent de choses horribles et dégoûtantes comme certains groupes, car on accorde énormément d’attention au contenu des textes et à leur sens. Bien sûr n’oublions pas les influences classiques comme METALLICA, IRON MAIDEN...

Quelque chose qui en a intrigué plus d’un, c’est votre tournée avec TRISTANIA, qui ne sont pas du même style musical que vous, surtout qu’il y a rarement de fans qui apprécient pareillement les deux groupes, voire qui connaissent l’un ou l’autre ?
Enfin si c’est un peu le même style quand même, du moins le côté mélodique ! On ne les avait pas pris en considération pour la tournée au début. On a dressé une liste de groupes avec qui on aimerait partager notre tournée puis on a pensé à eux. Personnellement j’aime bien partir en tournée avec des groupes scandinaves, on a la même culture et pas de barrière linguistique. TRISTANIA sont vraiment super cool. De plus j’ai demandé à Mariangela de se joindre à nous sur scène vu qu’on joue "A Bolt of Blazing Gold", avec qui on a enregistré ce duo.

Et concernant la première partie de vos concerts, vous avez un groupe local dans chaque ville ?
Tout dépend, on en choisit certains. Nous avions vu DARKNESS DYNAMITE au Summerbreeze l’été dernier. Martin et moi faisions partie du jury chargé d’évaluer les groupes de metal qui avaient participé au concours "New Blood Awards" organisé par Century Media Records. 2000 groupes avaient postulé et on devait voter pour un seul. Il y avait vraiment pas mal de bons groupes ! On avait demandé au groupe gagnant ainsi que trois autres groupes, dont DARKNESS DYNAMITE, de se joindre à nous au moins pour un concert. C’est ça que j’aime bien dans les festivals allemands, on découvre pleins de jeunes talents !

J’ai vu que vous avez fait une partie de la tournée avec OMNIUM GATHERUM à la place de TRISTANIA, vous changez souvent de groupe de tournée ?
OMNIUM GATHERUM était avec nous pendant notre tournée en Finlande. Puis TRISTANIA les a remplacéS pour le reste de la tournée européenne et là on rentre chez nous en Suède pour Noël. Ensuite OMNIUM GATHERUM nous accompagnera de nouveau pour la tournée américaine.

Quand est-ce que vous finissez votre tournée ?
Ce n’est pas prêt d’être fini, ça sera pour fin avril. Après la tournée américaine nous irons au Japon, Chine, Corée du Sud et en Australie.

Il me semble que le metal fait intégralement partie de la culture scandinave plus que dans d’autres pays ?
Oui effectivement ! Dans une petite ville comme Göteborg, notre ville natale, il n’y avait pratiquement que des metalheads et on a tous grandi dans le metal et partagé à fond cette passion qui nous lie. C’était fou, on se connaissait tous et on habitait à 15 minutes les uns des autres, on ne fréquentait que des musiciens. Entre les concerts, jouer ou écouter de la musique entre potes, c’était vraiment la belle époque. D’ailleurs j’ai toujours les mêmes amis qu’il y a 25 ans, qui sont aussi membres d’autres groupes de metal comme IN FLAMES, AT THE GATES... Maintenant on se voit de moins en moins car on est souvent tous en tournée et on a du mal à se croiser mais on est en contact via Facebook. Je suis vraiment fier de mes amis, de ce qu’ils sont devenus et de ce qu’ils font !

J’ai vu que vous ne gardez pas la même setlist pour tous les concerts, est-ce que vous allez jouer "Irridium" et "Constant" (mes préférés) ce soir ?
Oui effectivement nous avons une setlist qui diffère de quelques morceaux entre les différents shows histoire de ne pas tomber dans la routine. Pour "Irridium" et "Constant", nous n’avons pas joué ces deux morceaux depuis un bail et désolé mais on ne les jouera pas ce soir (rires).

Lesquels de vos albums préfères-tu ?
Je dirais tous évidemment mais j’aime beaucoup The Gallery car c’était le premier album dans lequel j’ai débuté en tant que chanteur. J’aime aussi Projector car c’était fun et un challenge pour moi. Mais j’aime surtout le dernier, Construct.

Un growl de fin ?
Eh oui, ça c’est pour moi ! Vous n’y aurez pas droit mes chers lecteurs.

Bloodybarbie
27.12.2013