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Interview de Frosttide

Frosttide

Ils sont très jeunes, Finlandais, mignons et talentueux ! Et en ce soir du 28/01/14, ils ouvrent le bal pour le meilleur groupe du folk/battle metal, ENSIFERUM !!! J'ai découvert FROSTTIDE lors de l’annonce de la première partie d’ENSIFERUM, et j’ai été agréablement surprise! En attendant de les rencontrer personnellement, il y a eu beaucoup d’échanges sympas entre nous via Facebook. Il est 18h et je me pointe au moment de leurs soundcheck. Felipe, le claviériste vient juste après m’accueillir. On s’installe tranquillement dans les loges, en présence de Joni, le fondateur du groupe qui est aux commandes du chant et à la guitare. Des va et viens réguliers de Joonas le batteur...


Comment s’est déroulée votre tournée française ? Comme c’est votre dernier concert ce soir à Lyon...
Felipe : Nous avons eu quelques poisses, notre deuxième concert était très intéressant de ce point de vue ! On a eu un gros souci technique lors de notre entrée sur scène. L’intro qui aurait dû annoncer notre entrée sur scène était enregistrée sur CD. Les lumières se sont éteintes, et on a été vraiment surpris de l’ambiance chaleureuse du public français ! Les gens criaient nos noms très forts. On est donc entré sur scène et paf ! L’intro crashe. Le technicien relance l’intro et même scénario, ça crashe une deuxième fois! On a fini par laisser tomber, j’ai pris le micro et j’ai introduit le groupe, il nous a mis une intro rock’n’roll pour se racheter et on a commencé à jouer... Nous avons joué trois morceaux proprement, et nous avons eu des problèmes sur nos deux "cerises sur le gâteau", alors nous avons dû improviser. C’était très stressant, nos retours ne fonctionnaient pas correctement, on ne comprenait pas ce qui se passait. Mais le public nous a soutenu en mettant une ambiance de tonnerre, on s’y attendait pas du tout ! Une superbe audience, d’ailleurs après le concert les gens sont venus nous dire que notre show était formidable et surtout notre plus long morceau que les gens ont adoré "Unwritten", celui où on a eu le plus de problèmes, on s’est regardé en se disant "non, vraiment?", on a beaucoup apprécié ces échanges, c'était très sympa !

Vous jouez quand même "Unwritten", ce n’est pas trop long pour un concert ?
Joni : En fait elle est passée de 15 à 10mn, on a zappé l’intro et on est allé droit au but.

En écoutant Awakening (voir chronique) j’ai cru sentir des influences WINTERSUN ?
Felipe : Oui évidemment, quand on aime des groupes on est forcément influencé et inspiré par eux. Pour ma part, mes groupes préférés sont : WINTERSUN, CHILDREN OF BODOM, SONATA ARCTICA, NIGHTWISH et OPETH.
Joni : Moi j’adore ENSIFERUM, ENSIFERUM et ENSIFERUM.
Felipe : Tous ces groupes influencent mes notes de clavier, c’est inévitable, des éléments similaires s’y intégreront, c’est même une théorie qui s’applique ! Ce que vous composez surtout à vos débuts reflète ce que vous écoutez, et ensuite vous commencez à vous frayer un chemin. Si vous prenez par exemple le premier album de SONATA ARCTICA, vous trouverez qu’il sonne comme STRATOVARIUS aux soli près... Le marché du metal est tellement riche et vaste, surtout en Finlande, que vous avez beau créer des riffs, on vous trouvera forcément une similitude avec des groupes précurseurs. Nous les appelons la metal police. En Finlande, il suffit que vous ressembliez à un grand groupe, et pendant votre partie du concert, ils feront des grimaces puis se casseront pour prendre une bière vous méprisant, du genre "ça ressemble à WINTERSUN ou autre, mais ce n’est ni WINTERSUN ni autre, donc on se barre". Je pense qu’il faut deux ou trois albums à un groupe novice avant de vraiment pouvoir s’approprier son truc et se détacher de ses influences. On espère que notre prochain album on fera un truc plus propre à nous (rires).

Joni, c’est qui ton guitariste préféré ? (je crois connaitre la réponse)
Joni : Hum, bonne question ! Markus d’ENSIFERUM (rires).

Parlez-moi de ce délire de la reprise de "Cheri Cheri Lady" de MODERN TALKING, je suis sûre qu’il y a une histoire drôle derrière ça.
Joni : Quand on est allé au studio d’enregistrement, j’ai écouté cette chanson à la radio et je l’ai trouvé géniale ! J’ai dit aux autres : il faut absolument qu’on la joue ! Ils m’ont regardé en me disant : "non elle est trop horrible cette chanson !". Quand on a fini d’enregistrer la partie batterie de tout l’album, Joonas a dit "c’est bon j’ai fini ma partie je n'en ferai plus une de plus, et pas de cover !". Joni et moi avions appris le morceau, on a enregistré la guitare et le clavier... Après avoir bien bu, le batteur a pris quelques verres de rhum (vu qu'il adore ça), ça l’a rendu tellement joyeux que j’en ai profité pour le relancer à propos de cette chanson. Puis il a dit "ouiii allons la jouer", en une demi-heure il l’avait apprise et enregistrée. Puis il y a eu une partie de fill qui s’est effacée, on était obligé de la ré-enregistrer et il a dit "cool allez on recommence !". C’est vraiment un excellent batteur, il apprend vite et il est très relax !

Vous commencez donc par enregistrer la batterie ?
Joni : On fait d’abord un brainstorming puis on met en place des riffs qu’on adapte une fois que la batterie a fini son travail.
Felipe : On laisse d'abord Jonas créer la rythmique et le tempo, le fil conducteur et la base des compositions, puis on le suit aux guitares et clavier. C’est plus simple pour les guitares de suivre la batterie que l’inverse. C’est une expérience très intéressante et amusante avec beaucoup de café et de méditation devant nos PC.

Combien de temps vous avez mis pour enregistrer votre album ?
Felipe : Fin 2012, Juho a commencé à faire démos sur démos, il compose vraiment vite et efficacement. Puis deux autres démos supplémentaires, je ne sais pas comment il fait (rire). Puis on s’est dit qu’il fallait penser à faire un album, et grâce à Joni nous avons signé avec NoiseArt Record. Ça nous a définitivement forcé à faire un album propre. On a repris un morceau de notre démo "Our Journey" qui est "No Turning Back", écrite par Joni et Juho. Juho a composé la majorité des morceaux d'Awakening mais c’est Joni qui écrit les paroles. Disons qu’on a mis 4 jours à n’enregistrer que la batterie ensuite on a rajouté le reste.

De quoi parle votre album ?
Felipe : Une nuit hivernale, nous nous promenions dans le froid glacial finlandais, et l’idée de faire un album-concept nous est venue à l’idée. C’est l’histoire qui dure une journée entière de guerriers qui se croyaient forts et invincibles, ils étaient de passage dans un village pour le sauver d’une future invasion. Ils avaient bon cœur mais en même temps un sens de l’arrogance important. Ils étaient tellement persuadés qu’ils allaient gagner la guerre, qu’à la dernière bataille ils se sont retrouvés confrontés à leur propre faiblesse. Et ils ont fini par réaliser qu’ils avaient tort et qu’ils s'étaient surestimés. Ça finit par "There is no turning back", "Mistakes I made once, now those are back in my life. Now It's time to die in fear. Drain your last tear", pour dire qu’il était trop tard pour eux. C’est le genre de ce qui peut nous arriver souvent dans la vraie vie mais il faut toujours se remettre en cause et ne jamais se surévaluer.

Comment avez-vous signé avec NoiseArt Record ?
Joni : J’ai fait beaucoup de promotion via Facebook et ils nous ont trouvé bons puis on a signé et nous voilà !

Vous faites quoi dans la vie ?
Joni : J’étais à la faculté de commerce mais maintenant je fais mon service civil pour un an. Je suis dans un centre de discipline pour enfants indisciplinés. C’est un boulot très cool, je n’ai pas des horaires de fou et beaucoup de vacances, ce qui me permet de me concentrer sur la composition et notre groupe.
Felipe : Je suis étudiant en sciences de l’environnement à l’université de Tempere et maintenant je suis à l’université d’Upssala pour me spécialiser en limnologie, la qualité de l’eau. Lauri est le roi du Kebab, Joonas est étudiant en sciences appliquées et Joho travaille à la poste.

Vous trouvez facilement le temps pour jouer et répéter ?
Felipe : Oui ! On est tellement passionnés et dynamiques qu’on se trouve toujours du temps pour répéter et composer, heureusement qu’on a des métiers peu prenant! Mais c’est Juho qui bosse et compose le plus.

Mais vous paraissez trop jeune, vous avez quel âge ?
Felipe : Je suis le plus vieux, le père de cette famille, 25 ans.
Joni : J’ai 20 ans, Lauri 21 ans, Juoho 19 ans et Joonas 20 ans.

Comment le groupe a été formé ?
Joni : Au début c’était une blague, avec mes amis (ex-membres de FROSTTIDE) on s’était dit : "Et si on faisait du hero battle metal ?" en rigolant. J’ai commencé à composer et écrire quelques morceaux et ce n’était pas trop mauvais. Puis les autres sont partis et Joonas et moi avons commencé à chercher des gens pour former un vrai groupe sérieux. Et on a trouvé Felipe, Juho et Lauri.

C’est un bon début pour votre groupe, cette tournée avec ENSIFERUM !
Felipe : Oui, il nous faut rester toujours actifs et beaucoup travailler. On remercie énormément ENSIFERUM de nous avoir tant soutenus et de nous avoir choisis pour cette tournée française. Ils sont vraiment cool et formidables. Ils nous ont fortement soutenus au Heidenfest et nous leur en sommes très reconnaissants. Il faut qu’on continue à aller de l’avant et persévérer pour ne pas les décevoir. Il faut savoir jouer les bonnes cartes car si on échoue, nous n’irons pas plus loin et resterons enterrés dans la scène underground, surtout que le monde du metal est vaste et ce n’est pas les bons groupes qui manquent. On fait de notre mieux pour se rapprocher de nos fans via Facebook, sans leur soutien nous ne serions rien. L’audience est vraiment importante en live, que nous jouions pour 100 ou 1000 c’est pareil. Nous recevons l’énergie que nous donne le public et on leur en donne à notre tour, c’est un échange permanent. Nous leur sommes infiniment reconnaissant, un grand merci au public français particulièrement qui est vraiment encourageant et très chaleureux.

Felipe n’est pas un nom finlandais me semble-t-il, tu viens d’où ?
Felipe : Exact, je suis chilien, mes parents m’ont donné la possibilité de poursuivre mes études à l’étranger et mon choix s’est vite porté sur la Finlande, le pays du metal, je suis en quelque sorte venu principalement pour ça (et puis pour mes études bien sûr).

Comment ENSIFERUM vous ont sélectionné pour les accompagner dans cette tournée française ?
Felipe : On les a rencontrés au Heidenfest 2013 quand on a joué à Paris. Joni a rapidement sauté sur l’occasion pour leur faire part de notre volonté de jouer à leurs cotés. J’avoue qu’on n’y croyait pas trop, puis Markus a dit à leur manager Carlos que c’était nous qu’ils voulaient pour cette tournée. Nos deux managers nous ont arrangé le coup. Ils nous ont dit qu’ils voulaient vraiment nous aider à nous faire connaître et ont tenu leur parole. On ne les remerciera jamais assez.

Quels sont les autres grands concerts/fest que vous avez faits ?
Felipe : A part le Heidenfest, nous avons ouvert le bal à FINNTROLL quelques jours avant cette tournée à Uppsala et la semaine prochaine on sera auprès de KORPIKILAANI. C’est tout pour l’instant. On essaie de gratter partout avec les promoteurs, c’est surtout d'eux dont dépend ce genre de chose.

Est-ce que tous les jeunes Finlandais sont des mordus de metal, ou c’est juste une fausse image qu’on a de vous ?
Felipe : Non le metal n’est pas une musique mainstream, elle est certes plus populaire en Finlande que dans d’autres pays comme chez moi au Chili, il y a de très bons groupes mais ne sont pas connus et ne vont pas loin. Ici c’est plus banal, et ça fait partie de la culture finlandaise, puis on voit souvent des annonces dans le journal de concerts, ou alors une interview de SONATA ARCTICA aux news du matin à la télé, ou alors une grande affiche à la sortie d’un nouvel album d’un groupe connu... Il y a beaucoup de metalleux, par exemple mon prof à l’université est guitariste dans un groupe. Mais comme on disait, l’audience n’est pas terrible comme ici en France, sauf pour les grand groupes, mais les petits groupes sont méprisés et le public ne leur porte aucune attention ni encouragement.

Vous connaissez un peu le metal français ?
Joni : Gojiraaa!
Felipe : Pareil ! Je connais un autre bon groupe mais j’ai oublié son nom.

Y’en a un parmi vous qui aime certainement le bleu, deux artworks qui se ressemblent et qui sont... très bleus ?
Joni : Oui ! C’est ma couleur préférée !
Felipe : J’adore le ciel hivernal, juste avant le coucher de soleil, il est d’un bleu aussi bleu que celui sur nos artworks, il reste très bleu pendant quelques minutes puis c’est le noir total.

Je vous remercie pour cette discussion très enrichissante, je vous souhaite un bel avenir et à bientôt pour un nouvel album !

Bloodybarbie
22.02.2014

Groupe : Frosttide
Label : NoiseArt Records