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Interview de Ensiferum

Ensiferum

J'ai eu l'honneur et le privilège de rencontrer le fameux Sami, bassiste d'ENSIFERUM en ce soir du 28/01/14, lors de leur passage à Lyon dans le cadre de leur tournée française (voir live report). Si vous êtes à court de lecture, notre viking va vous en donner! En tout cas, après ce merveilleux et inoubliable échange, j'avais rajouté deux livres à ma prochaine lecture.


Tout d’abord, comment vous est venue l’idée de faire cette tournée française?
L’année dernière au Heidenfest à Paris, il y avait une ambiance d’enfer, c’était grandiose et on a vraiment adoré ! Le public français est vraiment unique et très dynamique, comme ce qu’on a ressenti à Montréal : it’s fucking incredible ! Notre manager nous a dit que ça serait intelligent de faire une tournée territoriale en France. On n’en a pas tellement fait ici contrairement à l’Allemagne où on a fait presque toutes les villes à chaque tournée, on a nos abonnés, mais c’est une première en France.

C’est une scène metal incroyable que vous avez. Là où on va, ça se passe toujours super bien, les fans sont de très bonne humeur. On passe d’excellents moments à chanter, s’éclater sur scène, headbanguer et voir des moshpits se créer. En plus, vous avez un truc bizarre quand vous vous rencontrez, les mouah mouah (bisous) pour vous saluer, chose qui n’est pas du tout dans notre culture.

En tout cas, cette tournée s’est déroulée à merveille et va se terminer aujourd’hui. Si un jour, personne ne veut de nous en Finlande, on viendra vivre en France (rires). Je pense que si vous voulez vraiment apprécier un groupe, il faut aller à leur propre concert où ils sont en tête d’affiche, parce qu’un festival reste un festival, ça ne s’apprécie pas comme un concert propre au groupe.

Pour quand sera le nouvel album?
On bosse déjà dessus, ça sera pour début 2015, on a quelques démos. Dès qu’on rentrera chez nous après cette tournée, on se reposera pendant une semaine et on se remettra à les travailler.

Une fois qu’on aura terminé les festivals cet été nous rentrerons en studio pour l’enregistrement, ce qui prendra 2-3mois. Plus 2-3 autres pour la promo, nous visons février 2015 pour la sortie de l’album. Ça va être une tuerie, un album totalement différent de Unsung Hero. Ça pourrait tourner autour de thèmes plus réalistes ou politiques, proches du quotidien, même si on a habitué nos fans à des thèmes héroïques... Les temps changent (rires) !

Que pensez-vous de FROSTTIDE?
Ce sont vraiment des gars bien ! Ils ont fait 30 concerts avant cette tournée, c’est énorme pour un jeune groupe ! Ils nous ont contacté pour nous faire part de leur volonté de nous accompagner, puis notre manager leur a arrangé le coup avec nous et les voilà ici. Des jeunes qui boivent pas mal et qui s’amusent (rire). Ils sont très talentueux ! Je sais qu’ils ont été déçus à causes de leurs problèmes techniques. Avant le Heidenfest, ils n’avaient fait que 5 concerts, et ils deviennent vraiment un bon groupe de live, convaincant et courageux, ils n’avaient pas la trouille. Ils s’en foutent s’ils ne sont pas en tête d’affiche ou si c’est pas leur concert, ils n’ont que 30mn, ils s’éclatent à fond et donnent tout ce qu’ils peuvent au public. Je leur souhaite juste qu’ils soient patients, c’est un très bon début pour eux. J'espère qu’ils resteront humbles et n’attraperont pas la grosse tête (rires).

Et concernant DER WEG EINER FREIHEIT... comment le choix de ce groupe pour la tournée est-il venu ?
Honnêtement je ne sais pas! Je n’ai pas trop discuté avec eux, j’avoue. Vous savez, nous les Finlandais, on est assez renfermés et peu curieux parfois. Par exemple, dans une tournée qu’on a faite en 2009 (Amérique du Nord), on était 60 groupes différents, nous les vikings, et des coreux, des blackeux, un metling pot vraiment varié. Et NECROPHAGIST passait juste avant nous à chaque fois, je vous assure qu’on ne s’est jamais échangé un mot, on est vraiment un peuple bizarre !

Mais ce que je peux vous dire, c’est que j’aime bien les concerts où les premières parties sont différentes de la tête d’affiche, bien que ça soit du black metal qui est très loin de ce qu’on fait. Leur musique contient de belles parties mélodiques et acoustiques...

Parlons un peu de toi Sami, est-ce que c’était un rêve pour toi d’être un musicien ?
Non pas vraiment. J’ai reçu ma première basse à l’âge de 11 ans. Je jouais un peu avec mon frère. Du BLACK SABBATH, IRON MAIDEN. J’ai plutôt grandi dans le heavy metal. Mon grand frère était vraiment un très bon guitariste et exigeant. Je n’ai jamais pris de cours de musique, j’ai juste suivi les conseils de mon frère en appliquant ce qu’il dit : met tes doigts comme ça et fais ça... Il était bassiste avant de se mettre à la guitare. Et avec le temps et de l’entrainement, j’ai commencé à devenir vraiment bon (sans me vanter). C’est comme ça que j’en suis arrivé là ! Puis mon but était d’enregistrer un vrai album et jouer dans de vrais concerts.

Consommes-tu une sorte de potion magique qui fait que t’es toujours aussi dynamique, fou et énergétique sur scène ?
(Rires) Je pense que tout d’abord il faut vraiment être fan de sa propre musique. Ensuite, il y a l’effet de l’audience ! Si les gens sont à fond, ils vous transmettent cette énergie et vice versa. Et même s’ils ne sont pas à fond, je dis "fuck" et je m’éclate tout seul. J’essaie de mettre de l’ambiance pour les chauffer... Bien sûr, c’est plus excitant de jouer devant des milliers de personnes qui sont à fond, ça fait toujours plaisir et ça motive.

D’où tu puises ton inspiration pour écrire les paroles, est-ce que ce sont les histoires que te racontaient tes grands parents ?
(Rire) Non, pas vraiment, je puise mes inspirations dans la vie réelle. Vous savez, vous pouvez embellir et sauver la journée d’une personne juste avec un sourire. Si vous allez acheter quelque chose dans un magasin et que vous payez en ayant un sourire et vous sortez avec la joie et la bonne humeur... Ces petits trucs de tous les jours peuvent signifier beaucoup et changer pas mal de choses !

Trois groupes favoris?
IRON MAIDEN dans l’absolu, et les autres dépendent des jours et des humeurs. J’aime bien BJÖRK. J’ai détesté sa musique pendant 10 ans, mais une fois je l’ai réécoutée à la radio un jour, j’ai adoré. Je pense qu’en musique il faut parfois avoir du recul et acquérir une certaine maturité pour apprécier certaines choses.

Est-ce qu’il y a eu des concerts dont vous ne vous rappelez pas car vous aviez trop bu ?
Il me semble que oui (rires). Il fut un temps où on buvait beaucoup avant les concerts, mais plus maintenant. Je me souviens de mon premier concert en 2005, en tournée européenne. On devait jouer dans le sud de l’Espagne le lendemain de notre concert dans le nord de l’Allemagne, un planning irraisonnable qu’on nous a imposé, et on n’a pas pu se rendre dans les temps pour jouer. La compagnie qui a organisé ça n’a jamais remboursé les fans ! C’était la pire situation qu’on ait eue, voilà le monde du business est bourré de trous du cul...

Le moment le plus incroyable sur scène ?
Question difficile ! Je n’oublierai jamais mon tout premier show en Finlande dans une place qui s’appelle Nievala. C’était dans un gymnase ou j’ai joué devant des centaines d’enfants. Et au moment où je me suis retourné pour me mouiller la tête et me sécher les cheveux (cul au public), les autres ont eu l’idée de me présenter à ce moment-là “Nous avons un nouveau bassiste dans notre groupe, voici Samiii” (rires)...

En plus vous avez fait des concerts dans des endroits exotiques comme le Guatemala, Costa Rica, Afrique du sud, comment est l'audience metal la bas? Il y avait du monde ?
Oui ! C’était vraiment une très bonne ambiance et un très bon public, des moments inoubliables. Une tournée africaine serait intéressante. A mon tout premier festival en 2005, on était totalement bourrés, il y a eu un moment épique, de la fumée sur scène ! Les gens croyaient que c’était des effets spéciaux ! Mais en fait, c’était le moniteur du batteur qui avait pris feu car il jouait tellement vite (rires)...

Est-ce que vous vous consacrez à temps plein à la composition et à l’enregistrement ?
Nous avons le privilège de se consacrer à temps plein à notre groupe. Mais si vous voulez de l’argent en plus, il faut travailler comme les années où on ne faisait pas beaucoup de tournées. Mais par exemple, les années 2011-2012 ont été très chargées pour nous. A la base, je suis prof à la crèche. Avant cette tournée, j’ai fait quelques remplacements à la crèche. J’adore ce métier. Ça change de notre quotidien !

Tu as des enfants ?
Oui.

Ils écoutent ENSIFERUM ?
Ils sont encore jeunes pour ça. Mais je n’influencerai pas leurs choix musicaux. Il faut laisser les enfants choisir leur propre voie.

Tu as d’autres passions?
Oui, j’adore lire !

Des histoires de vikings?
(Rires) Non ! Pendant cette tournée, j’ai commencé à lire une dizaine de pages d’un livre sur la conscience écrit par un physicien théoricien et un astronome finlandais qui rédigent pas mal de livres de vulgarisation. Ça reste tout de même compliqué à comprendre. Surtout les dernières pages (rires). Un autre livre que j’ai lu récemment, c’est sur le boudhisme zen. Sinon, j’ai fini le dernier livre de Game Of Thrones.

Tu écoutes quoi ces derniers temps?
(Rires) Je suis vraiment un fainéant. je ne suis plus l’actualité musicale. Il y a des gens qui sont tout le temps à la découverte de nouveaux groupes, mais moi je suis un éternel fainéant. Peut-être est-ce dû au fait que je fais tellement de musique que je finis par m’en lasser. On a fait un projet barré avec Tundra de FINNTROLL pour faire des reprises de heavy metal classiques, mais de façon bizarre, comme des versions style tango...

Et ta barbe, elle a grandi avec toi?
Je l’ai depuis que je suis dans le groupe, pareil que mes cheveux. Je me suis trop attaché à eux, je me vois pas du tout sans, donc je continue à laisser pousser.

Que penses-tu du grindcore?
Je ne connais pas !
(Ce n’est pas grave, tu ne rates rien)

Il parait que tu fais du yoga ?
Oui, j’adore le yoga et la méditation. J’en fais depuis 3 ans, et surtout pendant les tournées. Comme aujourd’hui. J’ai fait de la méditation quand FROSTTIDE faisait leur soundcheck. Ça n’a rien à voir avec l’endroit ou le bruit environnant. vous devez être déconnecté du monde quel que soit l’endroit où vous êtes. Vous arrivez à un point de concentration ultime où plus rien ne vous retient connecté. C’est vraiment difficile. Je me souviens que j’essayais une méthode bouddhiste pour la concentration. C’était avant que je commence le yoga. Vraiment intéressant ! Je m’essayais tous les jours devant un mur pendant 20 minutes... Je me disais : "Non mais sérieusement, je dois faire ça !". Maintenant, je comprends l’intérêt de cette méthode, alors qu’avant je ne la comprenais pas. Je vous garantis que votre vie va changer si vous le faites bien. Quand vous regardez le mûr, il ne faut pas penser comme "c’est un mur, il est blanc". Peu importe ce qu’il et comment il est. C’est vrai qu’au début, il est facile d’être déconcentré et distrait par d’autres pensées que le vide...

Je vous recommande vivement de lire les livres de Yongey. Son père était un un maitre du zenboudisme réputé qui a voyageait à travers le monde pour donner des cours et il le suivait. Son père avait beaucoup d’amis scientifiques. Yongey était vraiment intéressé par l’astronomie et la biologie, des choses qu’il n’a jamais apprises et s’intéressait beaucoup à la méditation, l’âme, l’énergie corporelle... C’est vraiment un excellent livre qui compte beaucoup pour moi, vous devez le lire ! Pour moi, le yoga est le meilleur sport. Je n’aime ni le jogging ni la gym.

Quel est ton album préféré d'ENSIFERUM ?
Très difficile à dire. Bien sûr, j’adore le dernier. Beaucoup d’émotion !
Markus s’occupe du plus gros du boulot. Il joue tous les jours et la majorité des idées viennent de lui. Puis on va à la salle de répète et on peaufine le truc ensemble.

Est-ce vraiment difficile d’avoir des idées et de l’inspiration?
Bien sûr, si vous vous asseyez et que vous vous dites : "Oh ! Il faut que j’aie des idées tout de suites", ça ne viendra jamais. Il faut l’humeur, la spontanéité... Je pense que les meilleurs idées viennent quand vous n’y pensez pas du tout. Markus dit que la majorité de ses idées viennent quand il est allongé sur le sofa après quelques épisodes de séries. Pareil pour moi concernant les paroles du nouvel album Unsung Heroes. J’avais déjà de quoi faire 4 morceaux, mais il m’en manquait... J’en ai certaines en me baladant dans les bois, juste marcher sans y penser et elles viennent. Puis je m’arrête en me disant : "Yes, j’ai trouvé”, je prends mon téléphone et je note mes idées.

Par exemple, les mélodies de "Victory Song" me sont venus à la crèche quand j’y travaillais, deux gamins s’entretuaient, j’ai dit : "Continuez, je reviens" et je suis allé enregistrer les riffs que j’avais sur le bout de la langue. Voilà, vous ne savez jamais d’où ça peut venir. C’est pour ça que j’adore les smartphones. C’est tellement plus simple d’enregistrer et noter à l’instant où vous avez les idées grossières que vous travaillerez par la suite. Pour Unsung Heroes , on avait fait beaucoup de jam sessions pour trouver les bonnes mélodies !

Un mot de fin?
Il faut lire les livres de Yongey !

Je te remercie Sami d'avoir accepté cette interview, nous espérons vous revoir encore sur Lyon à l'occasion d'un prochain album.

Bloodybarbie
06.03.2014