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Vormela Fest II - CCO (08.03.2014)

Vormela Fest II - CCO

C’est en ce 8 mars ensoleillé et annonciateur d’un printemps précoce, que se déroule la seconde édition du Vormela Fest, organisé par la Dream Factory au CCO de Villeurbanne. Cette fois encore l’affiche s’avère relativement éclectique piochant autant dans le Black Metal pur et dur que dans le mélange Black/Death carnassier. Il y a donc au programme, les Norvégiens d’AETERNUS, les Allemands de THE RUINS OF BEVERAST, les Polonais d’AZARATH, les Italiens de DARKEND et la troupe française composée de SETH, SVART CROWN, REGARDE LES HOMMES TOMBER et MALEPESTE. Du beau monde !


Ce sont les Lyonnais de MALEPESTE qui entament le festival avec un Black Metal ritualiste pas franchement folichon. Oui, il faut l’avouer, malgré un effort fait sur le décorum occulte enrichi de bougies blanches, ossements et pentagramme, la musique du quatuor en corpse paints ne frappe pas vraiment les esprits, loin de là. D’une part, l’absence d’accélérations marquantes ainsi que le tempo pataud et invariable du batteur Flexor, finissent par être ennuyants, d’autre part, les riffs de guitare de Xahaal sont trop peu mémorables pour palier au manque de vitesse et puis, pour finir, le chanteur Larsen s’égosille dans son micro avec des intonations semi-incantatoires, plus risibles qu’efficaces. L’assistance réduite (qui le sera, malheureusement, pendant toute la soirée) leur réserve un accueil poli… Peu de chose à retenir au final, sinon que ce hors-d’œuvre musical s’avère plutôt rachitique face au reste de l’affiche.

Setlist :
01 - Dereliction (White Part)
02 - Waiting For
03 - Cosmic Crypt
04 - Metaphysical Delirium
05 - Untitled



On entre immédiatement dans une autre dimension avec le Post-Black Metal frigorifique de REGARDE LES HOMMES TOMBER. Les attributs BM sont rangés au placard, seule l’essence même de la rage criarde et de la misanthropie clinique est restée. Quelques lumières blanches rasantes sont placées sur le devant de la scène, une machine crachote de la fumée et Ulrich (aka Dagoth chez OTARGOS) est posté devant la batterie, accroupi dos au public. Lors d’un long prélude, s’introduisent alors des riffs cinglants et aliénants distillés par la paire de guitariste A.M. et J.J.S., dopés par le jeu de batterie nerveux de R.R. puis, "Wanderer Of Eternity" éclate. Chant arraché nihiliste, riffs solaires et glacials et batterie peu véloce mais énergique, le Post-Black de RLHT demande un temps d’adaptation mais, ensuite, il s’infiltre en vous comme un liquide addictif. Hypnotique, même si certaines parties sont un peu longuettes.

Setlist :
01 - Prelude
02 - Wanderer Of Eternity
03 - Sweet Thoughts And Visions
04 - Ov Flames, Flesh And Sins
05 - Regarde Les Hommes Tomber
06 - A Thousand Years Of Servitude
07 - The Fall



Retour au Black cérémoniel avec les Italiens de DARKEND. Là encore, on retrouve toute une décoration ritualiste, notamment des pieds de micros en forme de pentacle, des ossements, des crânes et même de l’encens qui se diffuse lentement dans la salle dès les balances. Le set débute et l’aspect théâtral du groupe est accentué avec l’arrivée du chanteur Animae, vêtu d’un drap blanc ensanglanté, portant une couronne d’épines et des stigmates aux mains ; la carte de la grandiloquence est jouée à fond. Musicalement, le Black Sympho annoncé s’avère plutôt pauvre en orchestrations, chance ou malchance à vous de voir, mais en tout cas le tout reste correct et ressemble souvent à du sous-CRADLE OF FILTH. Par la dégaine des musiciens (surtout celle du chanteur, avec sa petite taille, ses new rocks montantes et son pagne en cuir) et certains riffs mélodiques, le quintet transalpin rappelle la bande à Dani Filth sans les vocaux criards bien sûr, ni les chœurs féminins et les orchestrations pompeuses. Plus sobre musicalement que son compère anglais, DARKEND flirte néanmoins avec le courant mélodico-gothique du Black Metal, usant de titres à rallonges et portant tout autant sur les mid-tempos ritualistes que sur les embardées véloces. Un show plutôt marquant visuellement mais beaucoup moins musicalement, les riffs bonnards faisant défaut malgré un éclectisme sonore bienvenu.

Setlist :
01 - Mater Terriblis
02 - Doom: And Then Death Scythed
03 - Clavicula Salomonis
04 - Decrepitude: One Last Laugh Beside Your Agonies



Vus en première partie de SEPTICFLESH, il y a 3 ans déjà, j’avais hâte de retrouver les Frenchies de SVART CROWN pour une bonne correction en mode Black/Death cru et vicieux. Et encore une fois, la formation emmenée par JB Le Bail fait preuve d’une prestance et d’une rage à toute épreuve. Aucun artifice, seulement quatre bûcherons barbus qui envoient le bois avec rudesse et entrain. Portée par un riffing rugueux, des dissonances mélodiques et un growl caverneux véhément, la décharge sonore de SVART CROWN agit comme un exutoire physique, parfaitement équipée pour décrasser les cervicales. Car si les titres du combo regorgent de parties rapides bien bestiales, ce sont les longs mid-tempos ravageurs et entêtants qui forgent l’efficacité du groupe. Les riffs utilisés alors, ont bien souvent un pouvoir headbangant supérieur à la moyenne. La fosse reste toujours bien sage, malgré les provocations assidues de JB Le Bail, mais les nuques s’activent enfin et les tournoiements capillaires se multiplient. Avec des morceaux piochés dans leurs deux derniers albums Profane et Witnessing The Fall, la setlist des français s’est avérée une véritable arme de destruction massive.

Setlist :
01 - Manifestatio Symptoms
02 - Genesis Architect
03 - Nahash The Temptator
04 - Profane
05 - In Utero : A Place Of Hatred And Threat
06 - Incestuous Breath
07 - Colosseum
08 - Revelation : Down Here Stillborn



C’est au tour de SETH de prendre place sur les planches du CCO. Fer de lance respecté du Black Metal français, celui-ci déploie un arsenal musical varié toujours empreint de riffs mélodiques avantageurs et de rythmiques travaillées. Érigés de chaque côté de la batterie, deux étendards abordent le sigle du dernier album The Howling Spirit annonçant le prochain assaut. Cartouchière à la ceinture, les gars de SETH s’en vont au front armés d’un Black Metal alambiqué et réellement prenant. Les parties rapides sont dirigées par les blast-beats du batteur Alsvid, dont le son en retrait permet une meilleure appréciation des lignes de guitares. D’ailleurs, sur le devant de la scène, Heimoth et Cyriex offrent un festival de riffs mélodiques et de leads glacés accompagné par la voix machiavélique du prêcheur Black Messiah. Entre fureur estompée et lenteur ritualiste ("Killing My Eyes" vraiment bon), le show de SETH a terminé avec succès le passage de l’équipée française au Vormela Fest II.

Setlist :
01 - In Aching Agony
02 - Let Me Be The Salt In Your Wound
03 - Addicted To Psychotropic Angeldust
04 - Ten Barrels
05 - Die Weihe
06 - Scars
07 - Killing My Eyes
08 - Acid Christ
09 - Umbilical Cutting



On garde les cartouchières, on rajoute les bracelets à pointes et le Brutal Black/Death le plus bestial qui soit pour passer à AZARATH. Débarquées tout droit de Pologne, les quatre brutasses viennent mettre l’assistance K.O. avec un couplage violent de Brutal Death furieux et Black impie. L’imposant Necrosodom crache sa bile malfaisante à la face du monde tout en sortant des riffs, plus vicieux les uns que les autres, avec l’aide de Bart, son camarade de gratte. Pour la session live de ce soir, c’est Reyash qui fait vibrer la 4-cordes métallique et Stormblast (également batteur chez INFERNAL WAR) qui s’occupe du maelstrom de blast-beats. Alors, effectivement, le son brouillon en début de set a raison de plus d’un spectateur mais, après quelques titres, le tout devient beaucoup plus audible et la trempe promise s’intensifie. De plus, à mesure que les morceaux s’enchaînent la touche Black Metal s’estompe au profit d’un Brutal Death démoniaque et chaotique. Le growl de Necrosodom se fait plus guttural et l’infatigable Stormblast, malgré son visage crispé, démonte son kit de batterie à coups de roulements supersoniques et séquences blastées épileptiques. Aucune pitié, AZARATH a fait échouer toute chance de capitulation.

Setlist :
01 - Supreme Reign Of Tiamat
02 - Baptized In Sperm Of The Antichrist
03 - Beast Inside
04 - Firebreath Of Blasphemy And Scorn
05 - Christscum
06 - Holy Possession
07 - Devil’s Stigmata
08 - Whip The Whore
09 - Azazel
10 - Legacy Of Tyrant Goat



Changement radical d’ambiance, puisque de la frénésie primale d’AZARATH on passe à la léthargie occulte de THE RUINS OF BEVERAST. Vous trouviez que ça avoinait trop chez les Polonais ? Parfait, chez les Allemands c’est tout le contraire, on s’aventure dans un Doom/Death redondant et particulièrement lent. Alors oui, ça s’accélère sympathiquement sur le titre "Daemon", donnant ainsi des airs de Black/Death poisseux à la musique de TROB, mais le reste du temps, on s’ennuie ferme. Les riffs grésillants tournent jusqu’à plus soif, la batterie suit le mouvement privilégiant les coups de cymbales oppressants et les rares interventions chantées sont synonymes de beuglements caverneux pas toujours discernables. Et puis, on se demande encore ce que le claviériste apporte au groupe tant sa prestation sur scène s’est avérée fantomatique ; j’espère que sa présence est plus marquée sur album. Pour autant, les fans de Doom/Death ont su apprécier le set, mais il faut avouer que pour ma part, malgré une atmosphère moite et pesante, des morceaux de 8 à 10 minutes avec aucun riff intéressant et une rythmique anémique, ça me fatigue au plus haut point.

Setlist :
01 - Apologia
02 - Daemon
03 - I Raised This Stone As A Ghastly Memorial
...



Pour terminer sur une note plus rythmée, AETERNUS prend place sur les planches du CCO. 20 ans maintenant que le quatuor norvégien traîne ses rangers dans le milieu du Metal underground et on espère bien voir de quoi le groupe est capable. La charge ne se fait pas attendre et Ares, le chanteur/guitariste, lance immédiatement le titre "There's No Wine Like the Blood's Crimson". Étiquetée Dark Metal par le combo lui-même, la mixture extrême d’AETERNUS se compose d’un Black/Death d’obédience mélodique où viennent se greffer quelques plans Thrash pas vilains. C’est sur cette base abrasive que se place la voix ultra-gutturale d’Ares qui peut, parfois, se mouvoir en un chant grave et incantatoire. Majoritairement mid-tempos, les titres s’octroient quelquefois de virulentes accélérations accompagnées de riffs tranchants bien sentis (le très bon "There Will Be None"). La fosse n’est toujours pas remplie, ni même très active face à ce Black/Death bien dosé et entraînant, mais l’accueil reste chaleureux. Seulement voilà, le retard pris pour chacune des balances aura raison de la fin de set des derniers groupes, notamment celui d’AETERNUS qui voit la salle se rallumer après la fin du septième titre joué... Un final abrupte qui laisse beaucoup de monde dubitatif.

Setlist :
01 - There's No Wine like The Blood's Crimson
02 - The Confusion Of Tongue
03 - Descent To The Underworld
04 - The Lair Of Anubis
05 - There Will Be None
06 - Sworn Revenge
07 - ...And The Seventh His Soul Detesteth



L’affiche de cette seconde édition du Vormela Fest a été, une fois encore, bien éclectique, puisant davantage dans le Black/Death que dans le Black Metal pur et dur. Du coup, il y en a eu pour tous les goûts. De mon côté, mention spéciale au trio Black/Death revanchard SVART CROWN, AZARATH et AETERNUS, au Black mélodique de SETH ainsi qu’au Post-Black hypnotique de REGARDE LES HOMMES TOMBER. Par ailleurs, la faible fréquentation du festival signe probablement l’arrêt des dates organisées par la Dream Factory sur Lyon… rendez-vous donc prochainement pour les concerts de WATAIN et NAPALM DEATH afin de leur souhaiter bonne continuation !

Tankkore
21.03.2014

Evènement : Vormela Fest II
Libellé : CCO
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