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Watain + Degial - Ninkasi Kao (31.03.2014)

Watain + Degial - Ninkasi Kao

Difficile de passer à côté du sulfureux WATAIN quand on s’intéresse un tant soit peu au Black Metal voire au Metal extrême en général. Les Suédois ont gravi les échelons du BM scandinave avec une fulgurance et une efficacité assez rare, rejoignant l’élite du genre et gagnant en popularité depuis leur troisième opus "Sworn To The Dark". Autant acclamé que décrié, notamment avec le nouvel album "The Wild Hunt", le combo, mené par Erik Danielson, est de retour sur Lyon pour rependre son Black occulte et ritualiste aux côtés de leurs compatriotes de DEGIAL. Pas de guest local, seulement deux entités suédoises venues mettre en branle le Ninkasi Kao.


C’est donc DEGIAL qui monte en premier sur les planches pour nous donner une belle trempe roots et burnée. La scène est flanquée de deux étendards à l’effigie d’une faucheuse ailée et les gars du groupe sont parfaitement dans l’ambiance en thrashers grimmés de corpse-paints. Musicalement, les natifs d’Uppsala envoient un Black/Death primaire et cru, agrémenté de saillies Thrash chaotiques. Les nombreux solos véloces sont d’ailleurs fortement inspirés par l’ancienne garde du Thrash international (sur "Eye Of Burial Tempest" par exemple). Le début de set est littéralement explosif, avec une batterie brutale mise trop en avant... les coups de caisse claire du bûcheron E. Forcas ont beau être d’une puissance remarquable et assommante, il faut bien avouer que cela rend les riffs de guitare inaudibles quand le tempo s’accélère ("Serpent’s Tide" en ligne de mire). Surtout que les riffs sont loin d’être mauvais, au contraire, coincés entre le Black véhément et le Death old-school, certains s’avèrent redoutables d’efficacité ("To Darkness", "Eye Of Burial Tempest"). Heureusement, l’équilibre des instruments va peu à peu s’améliorer d’autant plus que DEGIAL ne mise pas que sur la sauvagerie primale et n’hésite pas à intercaler quelques plans de groove sale entre deux sessions rapides. Si le quatuor arrive à ambiancer ses titres en variant constamment les tempos, c’est sur "Death’s Striking Wings", long morceau-titre de son premier album, qu’il déploie tout son potentiel créatif. DEGIAL, excellente surprise brute de décoffrage, tapageuse et relativement accrocheuse.

Setlist :
01 - Transgressions Of Impious
02 - Swarming
03 - Serpent’s Tide
04 - Chaos Chant
05 - Death’s Striking Wings
06 - Eye Of Burial Tempest
07 - To Darkness
08 - Temple In Whirling Darkness



L'heure de la grande messe noire a sonné, tous les artifices pour une cérémonie réussie sont installés. Un immense backdrop, où l'on peut deviner le trident fétiche de WATAIN, est accroché à l'arrière de la scène alors que deux panneaux, formés par six pièces chacun et constitués de peaux et d'ossements, sont dressés de chaque côté de la scène, formant une muraille de chair et d'os. La batterie, immensément surélevée, domine la salle, tandis que sur le devant de la scène siègent deux croix inversées surmontées de crânes d'équidés (enfin je suppose vu la forme). Ajoutés un nombre conséquent de bougies et de flambeaux et une fumée épaisse pour que l'atmosphère occulte soit parfaite... le show des Suédois peut débuter mes frères et sœurs !
L'obscurité gagne alors la salle et les membres du groupe entrent en scène sous les applaudissements de l'assemblée. Erik, le chanteur, apparaît flambeaux en mains - comme Nergal il y a quelques mois avec BEHEMOTH – et vient allumer la dizaine de bougies placées devant la batterie. Ce sera son petit autel personnel pendant le concert. L'introduction "Night Vision" terminée, le quintet de motards revenus des enfers (corpse-paints effectués à l'arrache, blousons de cuir délabrés, etc...) attaque d'entrée de jeu avec un "De Profundis" bien vivace. Tempo thrashy appuyé, petite mélodie vicieuse sur roulement de toms et riffs vilains en fond de commerce, WATAIN s'impose sans difficulté sur les planches lyonnaises. Le son de batterie est excellent, avec cet écho discret, mais perceptible, donnant l'impression que Håkan Jonsson joue dans une chapelle troglodyte. Erik Danielsson est dans son monde, le vocaliste semble dans une transe à certains moments, esquissant une gestuelle de rite dansant, mais reste totalement impérial dans son rôle de frontman au chant granuleux. Le cadavre de corbeau fixé dans son dos semble lui donner des ailes. S'ensuit "Malfeitor", hymne mid-tempo perfusé aux mélodies pernicieuses, et "Black Flames March" du dernier opus The Wild Hunt. Les Suédois repassent la seconde question tempo, même si chaque titre est génialement varié en ambiance, avec un doublon issu de Casus Luciferi, à savoir "Puzzle Ov Flesh" et l'excellent "Devil's Blood". Ce dernier est d'ailleurs introduit par l'arrivée d'Erik portant une coupe de sang et dont le contenu finit sur le public du premier rang. Classique mais salissant.
Le reste de la setlist se compose de morceaux extraits des trois derniers albums, avec un léger plus pour The Wild Hunt bien entendu. J'attendais un titre de Sworn To The Dark et voilà que "Legions Of The Black Light" débarque sans faillir avec ses riffs démoniaques à souhait, ses parties Black'n'roll entraînantes et son refrain écrasant. La première partie du show se termine avec le véhément et apocalyptique "Total Funeral" et le long, lent et contemplatif "The Wild Hunt", chant clair religieux introductif en prime.
Après quelques minutes d'attente, WATAIN réapparaît sur scène et lance le redoutable "Outlaw", les deux guitariste se la jouent cracheurs de feu pour lancer le début tribal du titre. La suite prend des airs beaucoup plus cérémoniels avec des morceaux axés davantage sur les guitares machiavéliques que sur l'urgence primale. Ainsi sont entonnés "Sworn To The Dark", "Holocaust Dawn" et "Waters Of Ain", monuments de noirceurs occultes hypnotiques, d'où des spasmes de Black Metal violent surgissent quelques fois (sur "Holocaust Dawn" plus particulièrement). Après le quart d'heure que dure "Waters Of Ain", s'achevant sur des leads et solos Heavy, Erik reste seul sur la scène aux couleurs rougeoyantes, dans un marasme sonore, orchestral et sépulcral. Il s'agenouille devant la batterie, dos au public, et éteint lentement et religieusement les bougies allumées auparavant. Une fois sa tâche accomplie, il se lève, se retourne et salue la foule qui ne manque pas de l'applaudir. Le sample bourdonnant continue de résonner dans la salle et s'éteint après de longues minutes. L'assemblée applaudit de nouveau, la messe est dite. Grandiose et enivrant.

Setlist :
01 - Night Vision
02 - De Profundis
03 - Malfeitor
04 - Black Flames March
05 - Puzzle Ov Flesh
06 - Devil's Blood
07 - Sleepless Evil
08 - Legions Of The Black Light
09 - Total Funeral
10 - The Wild Hunt

Rappel :
11 - Outlaw
12 - Sworn To The Dark
13 - Holocaust Dawn
14 - Waters Of Ain



La double ration de crasse suédoise a été servie avec goût et prestance ce soir au Ninkasi Kao, le Black/Death primaire de DEGIAL a préparé le terrain pour le Black maléfique et grandiose de WATAIN. La Dream Factory et Sounds Like Hell Productions nous ont fait rêver une nouvelle fois, merci à eux !

Tankkore
15.04.2014

Evènement : Watain + Degial
Libellé : Ninkasi Kao
Photos : 0