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Black Arts Ceremony III - CCO (04.10.2014)

Black Arts Ceremony III - CCO

Alors que la fraîcheur de l’automne s’abat sans crier gare sur le pays, la troisième édition du Black Arts Ceremony se déroule une nouvelle fois dans l’antre du CCO. Rendez-vous immanquable pour tout fan de Black Metal underground qui se respecte, le festival propose cette année une affiche européenne totalement dédiée à l’Art Noir le plus malfaisant. Au programme, plusieurs scènes sont représentées : finlandaise d’abord avec les deux têtes d’affiche BEHEXEN et HORNA, anglaise ensuite avec FEN, italienne également avec KULT et DEATHROW et française pour finir avec DUX, MALHKEBRE et TEMPLE OF BAAL. Que la cérémonie commence !


Et elle commence avec quelques minutes d’avance - un peu avant 15h30 -, ce qui m’empêche de voir le début du set des lyonnais de DUX. Le trio emmené par Glaurung est déjà sur le pied de guerre, engageant les hostilités avec un "Carapace" virulent à souhait. Corpse paints de rigueur, perfecto sur les épaules, legging moulant et bottines, le chanteur/bassiste Glaurung déverse ses paroles en français de sa voix criarde glaçante, que quelques cris perçants - pas vraiment folichons à vrai dire - viennent accompagner. Sa basse ronde gambade lors des passages les plus apaisés et suit le mouvement lorsque la machine s’emballe sous la direction des blasts de Anksudams. De son côté, Négatif, cure-dent au bec, arpente la scène la mine mauvaise régurgitant ses longs riffs grésillants et frigorifiques ainsi que ses solos chaotiques venus du Thrash old-school. Deux nouveaux titres seront joués ce soir, "La Chair Marque L’Esprit" et "Je N’ai Plus Que Les Os" dont les paroles sont issues d’un poème de Ronsard. Le Black traditionnel de DUX a fait mouche auprès d’une assemblée déjà conséquente vu l’heure peu avancée.

Setlist :
01 - Carapace
02 - Black Metal Is Dead
03 - Bienheureux Les Simples D’Esprits
04 - La Chair Marque L’Esprit
05 - Magie Du Vril
06 - Je N’ai Plus Que Les Os



Changement de cap avec le one-man band italien DEATHROW porté par Gionata Potenti aka Thorns. Celui-ci s’avère être un activiste chevronné de la scène BM puisqu’en plus de tout composer pour ce projet solo et de s’occuper de la guitare et du chant en live, il pratique - ou a pratiqué - la batterie pour un paquet de formations comme ACHERONTAS, FROSTMOON ECLIPSE (toutes les deux présentes lors de l’édition précédente du Black Arts Ceremony), KULT, MANETHEREN et BLUT AUS NORD. Un CV impressionnant pour le bonhomme, ici accompagné par Beast à la guitare, Tumulash à la basse et Bornyhake à la batterie. Dès lors, le quatuor lance la charge avec son Black Metal "primitif et visionnaire" - dixit la page facebook. Souvent brutal, parfois plus mid-tempo, le Black de DEATHROW prend aux tripes et varie les plaisirs au gré des titres. La batterie, en retrait, se montre aussi à l’aise dans les blast-beats foisonnants ("The Silent Stranger") que dans les saillies rock’n’roll entraînantes ("One By One") tandis que les guitares distillent des riffs convenus, mais efficaces, entre froideur épique et Punk furibard ("The Sentinel"). Ne manque plus que la voix hurlée, au léger écho, de Thorns pour que la formation de Toscane nous emporte dans les sombres méandres de Primordial Lifecode, album le plus représenté de la setlist du soir.

Setlist :
01 - Neverending Rain
02 - When Trumpets Of Death Sound Triumphant
03 - He, The Destroyer
04 - One By One
05 - The Silent Stranger
06 - The Sentinel



C’est au tour de MALHKEBRE de prendre place sur la scène du CCO. D'emblée, on remarque que le groupe a accroché un backdrop à l’effigie de son logo (ce sera le seul de la soirée avec celui de BEHEXEN) et deux autres, sur les côtés, avec les inscriptions "Fvck hvmanism, fvck socialism" et "Satanic resistance". On comprend alors que la formation est complètement dédiée à la cause extrême et cela va rapidement se confirmer avec l’arrivée du chanteur Eklezjas'Tik Berzerk, bouteille de sky en main, ingurgitant des rasades d’alcool dont la moitié finit crachée en l’air. MALHKEBRE débute par "AMDG", intro amorphe, dissonante et désagréable sur laquelle le vocaliste suscité entonne quelques paroles à l’arrache avec une voix théâtrale. C’est mal parti… et ça ne va pas vraiment s’arranger. Même si les morceaux Black plus furieux qui suivent ce démarrage pénible sont convenables, mais sans grand intérêt, c’est le leader Eklezjas'Tik Berzerk qui gâche la fête avec ses intonations exagérées et risibles, ainsi que ses interventions sectaires entre chaque titre. Face aux slogans comme "le Black Metal n’est pas une musique pour tout le monde", "unifions-nous contre la médiocrité", "nous sommes les bâtards d’une société en déclin" et les "Hail Satan" clamés à l’envi, certains semblent suivre le mouvement mais la plupart restent de marbre, comme moi qui attend patiemment la fin du sketch pour prendre l’air.

Setlist :
01 - AMDG
02 - The Truth Must Be Doubted For Victory
03 - Fidèles Serviteurs
04 - To Become Or Die
05 - IHSV



C’est avec les italiens de KULT que l’on revient au Black Metal traditionnel. Thorns de DEATHROW est à la batterie et c’est Tumulash qui prend le contrôle des opérations de sa voix haineuse. Ça part sur les chapeaux de roues avec un enchaînement "Winds Of War" et "Guerriero Di Un Tempo Perduto" particulièrement véhément. Sale et rapide, la musique de KULT va, peu à peu, perdre en vélocité pour regagner le bastion poisseux du mid-tempo mélodique sur "Malicious Metamorphosis". Une pause salvatrice avant de repartir au front sous le joug du Black résolument rock’n’roll des trois derniers titres joués ce soir. Le guitariste Kacele riffe comme un possédé, le bassiste D.White, t-shirt en lambeaux, arpente la scène et harangue le public, et le vocaliste Tumulash hurle ses paroles en anglais et en italien. Un bon décrassage venu de Como !

Setlist :
01 - Winds Of War
02 - Guerriero Di Un Tempo Perdito
03 - Exercitus Mortorum
04 - Malicious Metamorphosis
05 - Seven Blades Of The Reaper
06 - Raging Curse Upon Man
07 - Senza Pace



Dernier participant du camp français, et non des moindres, TEMPLE OF BAAL investit les planches du CCO. Évoluant dans un Black Metal aux forts relents de Death occulte, le quatuor parisien ne laisse aucun répit à l’assemblée présente ce soir et entame son set par un "Angsgeist" vindicatif. Le martèlement fugace de Skvm inonde la salle de même que le growl granuleux du meneur en chef Amduscias. Une brutalité maîtrisée qui va, peu à peu, se transformer en groove marécageux sur le old-school "Slaves To The Beast" puis en lenteur hypnotique sur "The 10th Aethyr" avant de repartir de plus belle. TEMPLE OF BAAL aime le bon vieux Death suédois et cela s’entend, d’une part dans le chant mais également dans certaines compositions, comme "Golden Wings Of Azazel" qui renifle allègrement vers le ENTOMBED le plus burné. L’assistance prend son pied, le groupe également, et il va en profiter pour jouer un tout nouveau titre ("Holy Art Thou") extrait du prochain album, avant de finir dans les flammes du long et apocalyptique "Walls Of Fire" issu de son dernier méfait Verses Of Fire. La touche Death Metal corsée de la soirée.

Setlist :
01 - Angsgeist
02 - Slaves To The Beast
03 - The 10th Aethyr
04 - Golden Wings Of Azazel
05 - Holy Art Thou
06 - Flames Of Baal
07 - Walls Of Fire



Même si, ce soir, l’affiche trempe allègrement dans le Black Metal le plus vil, il ne faut pas oublier la venue des Anglais de FEN, dont la forte teneur progressive fait baisser la pression. Le combo instaure d’emblée une atmosphère plus feutrée à coup d’arpèges mélancoliques, de lignes de basses charmeuses et de bribes de chant clair stratosphérique (d’ailleurs pas toujours excitant). Si sur le premier titre "Hands Of Dust" et "Consequence", l’ambiance reste relativement contemplative, la suite se montre parfois beaucoup plus féroce comme le milieu de "Of Wilderness And Ruin" et le début de "Exile’s Journey", où la tranquillité se transforme en furie dévorante. Le trio londonien jongle avec différents univers et développe son Post-Black sur de longs morceaux assez captivants au final car, il faut le dire, j’étais un peu sceptique sur la propension progressive de la formation. Mais, il n’en est rien car l’ensemble est nettement plus brutal sur scène que sur album, grâce au growl rageur du chanteur/guitariste The Watcher et au matraquage soutenu du batteur musculeux Derwydd. Belle découverte.

Setlist :
01 - Hands Of Dust
02 - Of Wilderness And Ruin
03 - Menhir - Supplicant
04 - Consequence
05 - Exile’s Journey



Trêve de contemplation, retour à la crasse et à la destruction avec l’un des fers de lances du Black Metal finlandais, j’ai nommé HORNA. Pour cela le lieu a été olfactivement mis en condition et une odeur pestilentielle vous titille les naseaux à l’intérieur de la salle. Chouette. Shatraug, Infection et Hex Inferis sont tous les trois torse nu sous une veste en cuir alors que Spellgoth se la joue moine démoniaque avec sa soutane noire, son chapelet à pentacle, sa croix inversée accrochée sur le flan et sa giclée de sang sur le buste. La messe noire peut débuter et elle va s’avérer assez décevante sur une grosse partie du set. L’entame, particulièrement vindicative, défouraille comme il se doit ("Aamutähden Pyhimysmais", "Kunnia Herralle Kuninkaalle") mais reste trop linéaire pour susciter un vif intérêt pour moi. Le quintet décélère ensuite le tempo ("Noidanloitsu", "Baphometin Siunaus") et là encore, la musique manque de soubresauts et devient rapidement ennuyante. Il faut donc attendre le dernier tiers du show pour enfin se délecter de la puissance de feu du combo finlandais, lorsque les titres prennent des gros shots de rock’n’roll abrasif ("Black Metal Sodomy", "Örkkivuorilta"). Le meilleur est souvent gardé pour la fin.

Setlist :
01 - Sanojesi Äärelle
02 - Verilehto
03 - Aamutähden Pyhimys
04 - Kunnia Herralle Kuninkaalle
05 - Baphometin Siunaus
06 - Black Metal Sodomy
07 - Noidanloitsu
08 - Kuoleva Lupaus
09 - Örkkivuorilta



Le dernier pilonnage Black Metal est effectué par BEHEXEN, autre grand nom de la scène finlandaise. D’ailleurs, Shatraug - également guitariste chez HORNA -, va remonter sur scène pour effectuer un second set bien vilain. Lui et Wraath, le second 6-cordiste, se lancent dans un festival de riffs acérés et glacials qui percent à travers les déflagrations rythmiques du père Horns. Le bassiste de live, Evisc, suit le mouvement avec son jeu de doigts (main droite) unique alors que Hoath Torog déverse les paroles blasphématoires de son chant criard. Et on peut dire que les cinq gaillards de Tampere savent mettre le feu aux poudres alternant, avec un dosage judicieux, titres dévastateurs à la mode suédoise (les tueries "Under The Eye Of Lord" et "By The Blessing Of Satan") et morceaux plus ambiancés où le tempo modéré laisse transparaître le chant incantatoire du vocaliste ("Temple Of The Silent Curses", "My Soul For His Glory"). L’autre point fort du groupe, c’est sa capacité à mettre en avant des mélodies vicieuses contrebalançant avec les décharges de blast-beats comme sur "Mouth Of Leviathan" et "Death’s Black Light". BEHEXEN, ou la dernière fessée pour la route.

Setlist :
01 - Wrathful Dragon Hau-Ra
02 - Under The Eye Of Lord
03 - Sota Valon Jumalaa Vastaan
04 - Temple Of The Silent Curses
05 - By The Blessing Of Satan
06 - Mouth Of Leviathan
07 - Celebration Of Christ’s Fall
08 - My Soul For His Glory
09 - Death’s Black Light



Grande réussite que cette troisième édition placée sous le signe du Black Metal sale et occulte, dont seuls TEMPLE OF BAAL et FEN ont dévié la trajectoire avec leur réminiscences Death et Prog respectives. La prochaine édition étant confirmée, on se donne rendez-vous en octobre 2015 pour la nouvelle rasade de Metal Noir underground de qualité.

Tankkore
10.10.2014

Evènement : Black Arts Ceremony III
Libellé : CCO
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