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Obituary + M:pire of Evil + Dust Bolt + Rotting Repugnancy - Divan du Monde (29.01.2015)

Obituary + M:pire of Evil + Dust Bolt + Rotting Repugnancy - Divan du Monde

Si les Floridiens d'OBITUARY ont su redresser la barre avec un efficace "Inked in Blood" sorti fin 2014, succédant à deux albums en demi-teinte, il y a un terrain sur lequel on n'a jamais eu à les reprendre : celui du live. Preuve en est faite dans un Divan du Monde blindé comme on l'espérait, venu en découdre au son du slow-death de la légende de Tampa, mais également – et c'est d'ailleurs étonnant de constater une telle diversité dans l'affiche – sur les tempos enlevés des thrasheux de DUST BOLT, les covers de VENOM signées M:PIRE OF EVIL, et le brutal-death de ROTTING REPUGNANCY !


Emmené par son musculeux frontman tatoué, sorte d'ours incontrôlable qui arpente la scène en longueur, headbangue comme un damné, et recrache des gerbes d'eau en guise d'effet visuel, aux côtés de musiciens retranchés dans l'exécution de leurs riffs, ROTTING REPUGNANCY incarne à peu près tous les clichés du groupe death-grind lambda, jusqu'à son patronyme. Alors c'est brutal, c'est joué carré (encore heureux), ça alterne séquences blastées et plans mid-tempo sans sourciller, en gros ça "fait son job" de chauffage de salle, mais dans le même temps, la formule de ces Anglais des Midlands paraît terriblement anonyme. Ni pire, ni meilleure que la grande majorité de ses contemporains qui essayent de se dépêtrer de la masse...

On ne peut pas en dire autant de DUST BOLT, qui certes suit la mode du thrash revival surfant sur les succès de KREATOR et EXODUS, mais qui semble tellement obsédé par l'idée de donner le concert le plus authentique possible qu'on lui pardonnera ce sentiment de déjà entendu. Il faut dire que l'équipée germanique, 20 ans et quelques de moyenne d'âge, débarque remontée à bloc sur scène, interpellant immédiatement le public et jetant des braises dans une fosse de plus en plus compacte. Et vas-y que les musiciens se checkent en permanence, échangent sans arrêt de place sur scène, font virevolter leur tignasse dans tous les sens (celle du chanteur ne cesse de s'accrocher sur les instruments, c'est assez marrant à voir), et se lancent dans une série de cavalcades meurtrières comme en l'an 1986. Tous les ingrédients d'une bonne débauche de slams et de circle-pits sont réunis, les Allemands – tout sourires – étant pleinement conscients de la chance qu'ils ont de provoquer un bordel pareil. Retenez ce nom de DUST BOLT, il y a fort à parier qu'au milieu de la meute des rétro-thrashers en activité (FUELED BY FIRE, SUICIDAL ANGELS, etc), ces derniers finissent par se distinguer très nettement.

S'en est suivi un groupe inconnu au bataillon répondant au nom de M:PIRE OF EVIL. Enfin, inconnu au bataillon, pas vraiment, puisque renseignement pris, je réalise que ce sont deux ex-VENOM à la guitare et à la basse, en la personne du mythique Mantas (en mode marcel + bandana + lunettes de vue, la classe internationale) et de Tony Dolan aka "Demolition Man", intermittent du groupe de 1989 à 1992. Le set sera donc axé autour de reprises du groupe proto-thrash anglais, entrecoupé de compositions tirées des deux LP du groupe. Mais le moins que l'on puisse dire, après la déferlante fougueuse de DUST BOLT sur un public plutôt jeune, c'est que le début du show peine à emporter la ferveur de la fosse, un manque cruel d'ambiance se faisant sentir. La faute n'est pourtant pas imputable au jeu charismatique de Dolan, pas avare en grimaces et postures grand-guignolesques – le bassiste-chanteur hyperactif ira même jusqu'à vomir du faux sang, le regard diabolique – mais peut-être à un ordre de passage des groupe pas très judicieux. Malgré des compositions heavy-thrash béton taillées pour la scène, il faudra attendre l'interprétation des grands classiques de VENOM (et du metal tout court) que sont "Countess Bathory" et "Black Metal" pour que le Divan du Monde pète une pile en reprenant en chœur le célèbre "Lay down your soul to the gods rock'n'roll, black metal". Il était temps !

Setlist :
01 – Demone
02 – Die Hard (VENOM cover)
03 – Hellspawn
04 – Don't Burn the Witch (VENOM cover)
05 – Blackened Are the Priests (VENOM cover)
06 – Carnivorous (VENOM cover)
07 – Hell to the Holy
08 – Welcome to Hell (VENOM cover)
09 – Black Legions
10 – Parasite
11 – Black Metal (VENOM cover)
12 – Countess Bathory (VENOM cover)



Inutile de tergiverser sur le cas OBITUARY, qui sans surprise aura été fidèle à se réputation de pionnier du death-metal, se passant d'artifice pour lancer les hostilités, si ce n'est l'obligatoire backdrop géant aux couleurs du dernier opus. Un dernier opus représenté par pas moins de quatre extraits, témoignant de l'envie du groupe de se faire plaisir sur des compositions plus catchy et accessibles qu'elles ne l'étaient sur Slowly We Rot. Et force est de constater que la réaction du mosh-pit sur ces morceaux tout frais est équivalente à celle des classiques "'Til Death", "Infected" ou "Back to One", soit une foire aux slams généralisée. D'ailleurs, faisons un aparté à ce sujet : honte à tous ceux qui monopolisent la scène durant des plombes (j'entends par là, une bonne vingtaine de secondes) avant de se jeter dans la foule, on s'en tape comme de l'an 40 de vos faces et vous faites sûrement chier les artistes, dont ce pauvre John Tardy qui avait sans doute mieux à faire que d'être pris en selfie par une tête à claques. Fin de l'aparté, car du reste, on apprécie toujours autant la démarche pesante du frontman d'OBITUARY, retenu à son pied de micro et proférant ses screams décharnés, tout comme le regard globuleux de Trevor Peres, armé de sa Stratocaster, ou la bonhomie sympathique de Terry Butler, vêtu d'un t-shirt VULCAIN, peut-être en guise de clin d'oeil adressé à la France ! Alors on pourra certes trouver à redire sur les blancs qui ont tendance à faire retomber l'intensité entre les morceaux, le groupe reprenant son souffle et buvant un coup régulièrement ('sont plus tout jeunes les briscards), ou à chipoter sur une setlist qui aura effectivement fait une quasi-impasse sur Cause of Death (seul "Infected" était au programme). Reste que le gang de Tampa a prouvé, si besoin était, qu'il en avait encore sous le pied pour quelques années. Il ne faut pas se leurrer cela dit, OBITUARY vit ses dernières tournées comme le prolongement d'une carrière dont l'apogée est désormais loin derrière. Mais la perspective de faire durer le plaisir ne peut que nous réjouir. Qui s'en plaindra ?

Setlist :
01 – Centuries of Lies
02 – Visions In My Head
03 – Infected
04 – Intoxicated
05 – Bloodsoaked
06 – Immortal Visions
07 – 'Til Death
08 – Don't Care
09 – Violence
10 – Stinkupuss
11 – Back to One
12 – Dead Silence
13 – Back on Top
14 – Inked In Blood
15 – I'm in Pain
16 – Slowly We Rot

Head!
01.02.2015

Evènement : Obituary + M:pire of Evil + Dust Bolt + Rotting Repugnancy
Libellé : Divan du Monde
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